Actualités Communiqués — 11 novembre 2013

Communiqué de Marie Leprêtre, Secrétaire générale de la Cfdt Essonne.

Le 11 novembre est le jour où l’on se souvient des morts pour la France.

Le 7 novembre dernier, le Président de la République lançait les commémorations officielles du centenaire de l’entrée de la France dans la Grande Guerre. Une commémoration n’est pas un simple retour dans le passé, ce n’est pas de la nostalgie et le regret d’une période ancienne qu’on charge toujours de ce que le présent nous semble le plus faire défaut. Commémorer, ce n’est pas non plus réciter une leçon d’histoire, c’est faire sien du passé, particulièrement celui qui ne nous est pas, ou ne nous est plus, familier, de ce qui nous semble étrange et pour faire de cet étonnement la source d’une intelligence plus grande du temps présent.

Chaque fois que la mémoire se fixe sur la Grande Guerre, on s’étonne autant qu’on admire comment dans les premiers jours du mois d’Août 1914 autant de Français ont répondu si vite à l’appel du tocsin des églises et aux affiches blanches placardées sur les mairies. Tous ces hommes partaient au combat, tous ont été appelés, tous sont venus. Pourquoi sont-ils venus, pourquoi ont-ils répondu à cette mobilisation ? On pourrait penser trop vite que la perspective d’une guerre courte, de quelques semaines, quelques mois tout au plus, aurait pu pousser ces hommes vers la guerre. Mais jamais la perspective de la guerre, de la blessure et la mort n’a pu paraître légère.

Ce qui fut à l’œuvre en 1914 et pendant toute la guerre, c’est une alchimie complexe et fragile, faite de fidélité à sa famille, ses amis, ses voisins, sa commune et de la conscience nette d’appartenir à une société solide à l’organisation politique claire et ne laissant à personne l’impression d’être exclu complètement. Vu d’aujourd’hui, des esprits du passé peuvent regretter une telle organisation sociale et les mobilisations de masse qu’elle produit. La société de 1914, avec sa hiérarchie, sa rigidité et sa brutalité n’est pourtant pas celle que les Français veulent. La France d’aujourd’hui est aussi plus démocratique, moins verticale : les grands projets nationaux sont l’affaire de tous et si la mobilisation est toujours présente à l’esprit de chacun, c’est pour passer de l’idée d’être mobilisé à celle de se mobiliser. Les citoyens ont gagné en autonomie ce qu’ils ont perdu de collectif.

Toujours est-il que se mobiliser comme être mobilisé, la mobilisation, nécessite un état particulier de la société. C’est d’abord une aptitude à définir ensemble et de manière consensuelle des objectifs globaux à l’échelle des défis proposés à la société. Une mobilisation comme celle de 1914 est profondément politique. De la mobilisation, de sa réussite, de son intensité, de sa durée dépend la survie même de la société, c’est-à-dire la possibilité de se transformer pour faire face aux enjeux et en même temps se conserver dans ses fondamentaux. C’est cela qui est au cœur de la vie politique, celle qui change la vie, celle que les petites querelles ne concernent pas, celle la même que les Français réclament de plus en plus fort.

La mobilisation n’est pas un acte de tous les jours dans la vie politique et revendicative ; profondément, elle est politique et pas politicienne. Elle n’annule pas les clivages, elle ne supprime pas les différences, pas plus encore qu’elle ne nie les cultures et les origines. Tout cela, elle les comprend. Ce n’est pas un slogan qu’il faut utiliser à chaque instant. L’idée même de mobilisation par l’importance symbolique et matérielle des conséquences qu’elle implique doit nous conduire à nous interroger chaque jour sur la portée concrète et la qualité de nos actes. Commémorer, c’est donc aussi donner plus de mesure et plus de valeur à nos projets présents et à venir pour avoir en fin de compte plus d’ambition parce que plus d’exigence.

La mobilisation n’est donc pas un modèle du fonctionnement politique ordinaire : tous les jours notre société n’est pas directement menacée dans ses fondations et dans sa continuité, mais c’est une idée qu’il faut avoir en tête car elle donne du sens aux actes du quotidien. Il faut conserver cette capacité collective à se mobiliser. Cette capacité passe par une vision commune de la société, par une lecture générale des enjeux et donc par des dialogues ouverts et surtout intelligents, qui à chaque fois prennent de la hauteur et fournissent à chacun des lignes claires destinées à tous les citoyens dont le destin est enjeux.
Bonne commémoration a tous mes amis de cette conscience…

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Yvan Lubraneski