Actualités Vu dans la presse — 05 novembre 2013

Dans le n°2 de LA REVUE, publication bimestrielle de la Cfdt (nov-déc 2013), l’Union Départementale de l’Essonne a été mise à contribution pour traiter du lien université-emploi, à travers les enjeux du Plateau de Saclay. Si vous n’avez pas eu accès à cette publication, nous vous proposons de retrouver ci-dessous le texte de cet entretien avec Marie Leprêtre, secrétaire générale de l’UD CFDT de l’Essonne.

 

Le syndicat partie prenante du lien université emploi

Marie Leprêtre, secrétaire générale de l’Union départementale CFDT de l’Essonne.

Le projet de regroupement universitaire de Paris-Saclay incite à repenser le lien territoire, emploi, formation. Comment la CFDT se positionne-t-elle dans ces mutations du territoire en Île de France ?

L’organisation de l’Université de Paris-Saclay et l’aménagement du plateau de Saclay s’inscrivent dans un projet de regroupement universitaire de vingt-trois établissements d’enseignement supérieur qui concerne quatre départements, 49 communes et s’étend sur 3 700 hectares. Celui-ci doit être finalisé entre 2020 et 2030 et a déjà coûté six milliards d’euros.
Le but de ce regroupement est de gagner une meilleure place dans la compétition internationale entre les établissements d’enseignement supérieur (classement de Shanghai). Les politiques se sont intéressés à l’excellence universitaire mais ni à l’urbanisation ni à la vie quotidienne des habitants ou à l’aménagement du territoire dans son ensemble.
Dans ce contexte, la CFDT est reconnue aujourd’hui pour sa compétence et ses contributions. Notre syndicat est apprécié pour sa capacité à prendre les problématiques dans leur globalité et pas simplement en partie. Cette démarche est d’autant plus nécessaire que, par sa taille, le projet de Saclay va profondément modifier les manières de travailler en Ile-de-France. L’action de la CFDT se justifie donc pleinement car nous sommes au cœur de notre mission de défense des conditions de travail des salariés. Pour être bien géré ce dossier demande aux syndicalistes impliqués d’être proactifs et non plus seulement réactifs !
Affronter ces mutations importantes pour le territoire de l’Ile-de France impose aux syndicalistes des changements. Cet exemple de Saclay met en évidence la nécessité d’une évolution des modes de fonctionnement syndicaux au niveau territorial ; il exige par ailleurs de développer notre capacité à penser la problématique « territoire, emploi, formation » dans sa globalité et le rôle que les universités sont appelées à y jouer.

Paris -Saclay et le positionnement réussi de la CFDT

Les enjeux du projet Saclay et de l’action syndicale
Saclay représente un dossier complexe et particulièrement lourd dont la gestion non seulement est politique, mais s’effectue au plus haut niveau de l’État. Dans le cadre de ce vaste processus de création d’une entité de nature nouvelle, l’action syndicale est nécessairement ardue car elle pose la question « où, quand et comment agir? »
De plus, le projet se déroule en plusieurs phases successives : la phase financière qui voit arriver, sur appel à projet, de très importantes dotations financières ; puis, la phase institutionnelle, induite par l’étape précédente, actuellement en cours, qui prévoit le rapprochement, l’union, voire la fusion des établissements partenaires ; enfin, la phase d’aménagement territorial, commencée dès à présent et prévue pour s’étaler sur le long terme.
Chacune de ces périodes est plus ou moins longue et plus ou moins lente ; elle exige suivi et réactivité. Chaque phase provoque des réajustements permanents et conduit à une évolution du projet. Si elle permet une marge de manœuvre pour la négociation, cette situation oblige à déployer d’importantes capacités d’analyse et d’anticipation car une fois les phases engagées, étant donné les moyens mobilisés par l’État, les marches arrière sont difficiles et rendent les stratégies de refus ou de moratoire très peu crédibles, et par conséquent assez inefficaces. Ces stratégies risquent même d’empêcher d’être informé et en capacité de conduire une négociation quand viendra le temps de penser le travail, ses conditions et ses contrats, à Saclay.

LE CARACTÈRE NOUVEAU ET ÉVOLUTIF DE PARIS-SACLAY DONNE UN AVANTAGE STRATÉGIQUE À TOUT ACTEUR CAPABLE DE DÉVELOPPER UNE VISION GLOBALE.

La CFDT, la seule organisation en état de mobiliser les acteurs du territoire
Pour agir globalement, il faut pouvoir, tout en conservant sa force de frappe locale, être capable d’apparaître au niveau du département et de la région comme un interlocuteur pertinent, en état de proposer des analyses intelligentes. Le caractère nouveau et évolutif de Paris-Saclay donne un avantage stratégique à tout acteur en capacité de développer une vision globale.
Par ailleurs, considérant la nature du processus, où la présence du droit syndical est restreinte, il importe d’être capable de développer d’autres moyens d’action que ceux déjà donnés par le droit. Le dossier étant avant tout actionné par des leviers politiques, les acteurs CFDT territoriaux se doivent d’être les animateurs d’un vaste réseau d’acteurs locaux de tous bords pour trouver rapidement des relais efficaces de leurs analyses du dossier, de ses urgences et de ses priorités.

Mieux relier territoire et les universités : de la formation à l’emploi

La pédagogie à Saclay, faille du projet
Tout dans l’histoire de l’élaboration de Paris-Saclay conduit à faire de l’enseignement un élément marginal, tout spécialement en ce qui concerne le premier cycle. Il n’y a pas l’attention et les moyens nécessaires à la construction de bons premiers cycles, facteurs qui sont pourtant essentiels à la viabilité du projet d’une université avec des diplômes reconnus. Dans les logiques qui sont celles de Saclay, c’est-à-dire la visibilité internationale, la formation de licence est pourtant un critère essentiel pour affirmer la qualité d’une université de rang mondial.
Or, Saclay est l’occasion de travailler à ouvrir de nouvelles voies dans nos méthodes et nos objectifs éducatifs au niveau national. Des expériences existent à Saclay ; l’Institut Charpak Villebon qui propose une pédagogie renouvellée pour des étudiants scientifiques en licence autour de l’expérimentation, des apprentissages collectifs et d’une vie intense de campus.
Pour mettre en place ces expérimentations qui auront une portée bien plus large que Saclay, il faut des moyens, du courage, une capacité à s’inscrire dans la durée avec une stratégie de long terme. Cela pose directement la question de la gouvernance du projet et de la volonté des membres de Saclay de voir émerger des initiatives pédagogiques forte à une échelle globale.

L’ARTICULATION ENTRE TERRITOIRE , UNIVERSITÉS ET GRANDES ÉCOLES A TOUJOURS CONSTITUÉ EN FRANCE UN ANGLE MORT.

Saclay face au système français d’enseignement supérieur scientifique
Etant donné que le projet a pour objectif la visibilité internationale de la recherche et de l’enseignement supérieur français, il faut construire un nombre de cursus réduits et clairs, dont les conditions d’accès ouvrent sans ambiguïté l’accès à tous ceux qui le veulent et le peuvent.
L’enseignement supérieur français est cloisonné et les filières communiquent peu être elles ; c’est l’occasion d’expérimenter – sans tout changer non plus -, particulièrement en 1er cycle.
En réunissant des universités et des grandes écoles, Paris-Saclay va heurter de plein fouet les représentations les plus solides et les plus anciennes du monde universitaire. La question de l’articulation 1er et 2e cycle, et en particulier celle du titre d’ingénieur post CPGE (Classe préparatoire aux grandes écoles) attribué uniquement dans les grandes écoles partenaires du projet risque de constituer ces écoles comme de petites institutions hors-sol, sans véritables contacts ni interaction avec leur territoire.

Une université inscrite dans son territoire
Il faut imaginer à Saclay le projet d’une nouvelle université implantée au sein de son territoire. L’articulation entre territoire, universités et grandes écoles a toujours constitué en France un angle mort du fait que ces deux institutions ont toujours pensé l’articulation entre leur recrutement des étudiants et l’emploi de leurs diplômés à l’échelle du territoire national : pour les grandes écoles, un recrutement national après classes préparatoires et concours ; pour les universités l’importance des concours nationaux de recrutement de la fonction publique ou encore de l’examen classant national en médecine.
La nécessité de renforcer le lien entre la formation donnée à l’université et l’emploi sur le territoire s’impose aujourd’hui dès lors que l’on cherche à créer des zones de croissance où le territoire fournirait à la fois les projets économiques et la main d’œuvre qualifiée. La preuve de cette absence d’articulation entre formation et territoire et, au-delà, d’une forme d’impensé du rôle économique et social de l’université en France se trouve dans le manque de dispositifs universitaires de formation continue. Ces derniers permettraient pourtant de relier la stratégie de formation et d’accès de tous aux diplômes universitaires aux besoins territoriaux en travailleurs qualifiés dans le cadre des stratégies territoriales de développement.

L’UNIVERSITÉ DE SACLAY, AU RISQUE DE FAILLIR À SA MISSION DE CRÉATION DU PÔLE D’EXCELLENCE SCIENTIFIQUE, DOIT ÊTRE UN VASTE LIEU DE FORMATION LOCAL.

Cette nécessité d’articulation entre formation et emploi est urgente car il ne s’agit pas d’implanter en Essonne et dans le sud de l’Île-de-France une nouvelle institution de formation (même d’élite) fonctionnant pour répondre aux besoins de l’État. Il s’agit au contraire de créer de manière durable un pôle autour d’une articulation entre recherche, innovation technologique et entreprise en croissance. Cette mise en place implique que le territoire soit à même de répondre aux besoins de main d’œuvre intermédiaire mais déjà très qualifiée qui vont accompagner le passage des innovations des laboratoires vers les entreprises. Aussi, l’université de Saclay, au risque de manquer à sa mission de création du pôle d’excellence scientifique, doit aussi être un vaste lieu de formation local, ouvert à tous, pour créer le terreau nécessaire à la croissance issue de l’innovation. Il faut donc impliquer sans les piller les universités de Versailles Saint-Quentin et d’Evry, en même temps qu’une partie de la formation professionnelle du territoire. Aucun cluster ne crée une richesse durable et juste sur son territoire s’il ne participe pas à toutes les dynamiques présentes.

Il y a donc encore à trouver à Saclay une intelligence du territoire. Cela n’existera pas sans s’appuyer sur la compétence et la connaissance des partenaires sociaux, pour créer finalement les conditions d’une croissance durable et juste.

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Yvan Lubraneski